Faire une thèse en temps de confinement

Etude menée auprès des doctorant.e.s Université de Paris (juin-sept 2020)

Comment les doctorant.e.s de l’Université de Paris ont-ils vécu la crise sanitaire ? Quels ont été les effets du confinement sur leurs conditions de vie et sur la réalisation de leur thèse ? Telles sont les questions que le Collège des Écoles Doctorales en association avec Juan Garcia Rios (doctorant en sociologie au Centre de recherche sur les liens sociaux, CERLIS) ont explorées, dans le cadre de l’étude « Faire une thèse en temps de confinement », menée entre juin et septembre 2020.

Un échantillon représentatif

Sur les 2900 doctorant.e.s Université de Paris sollicité.e.s, 1020 ont répondu (anonymement) au questionnaire sur les conditions de réalisation de thèse durant le confinement, soit un taux de réponse d’environ 35%.

L’échantillon des répondants rend ainsi compte des diversités sous-jacentes à l’expérience doctorale. Et ces diversités permettent de saisir en quoi et comment la crise sanitaire n’a pas été vécue de la même manière par l’ensemble des doctorant.e.s enquêté.e.s.

Les conditions de vie du confinement

D’une part, sans négliger les inquiétudes des doctorant.e.s en 4ème, 5ème et 6ème année vis-à-vis de l’avenir de leur situation financière, la majorité des enquêté.e.s (88%) a déclaré percevoir suffisamment de revenus pour s’assurer une certaine qualité de vie pendant le confinement.

Cependant, une part considérable (40%) a affirmé éprouver des difficultés à avoir un sommeil réparateur, supporter l’isolement (48%) ou encore trouver un équilibre entre les différents moments de la journée (73%) : temps de travail, de repos, de partage avec ses proches, etc.

D’autre part, si certain.e.s ont traversé le confinement seul.e.s dans leur logement (22%) ou avec leurs parents (17%) ou bien en colocation (13%), presque la moitié des enquêté.es l’ont fait avec leur conjoint.e et/ou enfant (48%).

Les doctorant.e.s en sciences et de nationalité étrangère ont été les plus nombreux.ses à avoir vécu seul.e.s dans leur logement la crise sanitaire (28% contre 24% en sciences de la vie/santé et 18% en SHS) et plus de la moitié de leurs collègues en sciences humaines et sociales ont partagé cette période avec leur conjoint.e et/ou enfant (55% contre 45% en sciences de la vie/santé et 36% en sciences).

Si ces données mettent en exergue une diversité des conditions de vie pendant le confinement, qu’en est-il de la réalisation de la thèse ?

L’impact du confinement sur la réalisation de la thèse

Sur certains aspects du travail scientifique, l’impact du confinement a été largement négatif, quel que soit le domaine de recherche, le type de financement ou encore l’année de doctorat.

Cela a été le cas notamment pour :

  • le travail de production des données (77% des enquêté.e.s ont ressenti un impact négatif voire très négatif),
  • l’avancée générale de la thèse (impact négatif sur 73% des enquêté.e.s),
  • l’accès aux matériaux techniques et ressources nécessaires pour travailler (impact négatif sur 73% des enquêté.e.s)
  • ou encore le temps de travail destiné à faire de la recherche (impact négatif sur 62% des enquêté.e.s).

Cependant, le confinement a eu un effet ambivalent sur certaines pratiques propres à la recherche comme le travail de rédaction de textes académiques où plus de la moitié des doctorant.e.s enquêt.é.e.s (53%) a déclaré avoir subi des effets soit nuls soit positifs voire très positifs.

Une situation semblable est observée à propos du travail de lecture et de veille bibliographique ou encore la communication avec le directeur.trice de recherche (impact neutre et/ou positif de 57% et de 62% respectivement).

Enfin, en questionnant le rapport émotionnel envers la thèse, les doctorant.e.s ayant été les plus nombreux.ses à déclarer ressentir des sentiments positifs voire très positifs, sont celles et ceux qui ont réussi à maintenir un équilibre entre les différents moments de la journée et entretenu, malgré la crise sanitaire, une communication avec leurs collègues, leur directeur ou directrice de recherche et leur laboratoire.

En conclusion

En somme, la richesse des profils des doctorant.e.s de l’Université de Paris a clairement impliqué une différenciation dans les effets du confinement sur l’expérience doctorale, cette dernière est comprise ici dans un sens large prenant en compte non seulement les aspects propres du travail scientifique mais aussi les dimensions relatives aux conditions de vie.

En effet, bien que la mise en place du confinement ait été (pour le mieux et pour le pire) un évènement troublant pour la plupart des enquêté.e.s, il s’est en même temps prêté pour observer comment les un.e.s et les autres, en fonction de leurs ressources et conditions, ont pu et ont appris à y faire face.

Vous pouvez contacter l’auteur pour recevoir une copie du rapport détaillé en PDF

Juan David GARCIA RIOS
Doctorant en sociologie au Centre de Recherche sur les Liens Sociaux (Cerlis)
juan.gacia-rios@etu.u-paris.fr